Le château de Saint-Maur

du XVIe au XVIIIe siècle

jeudi 14 janvier 2010

Localisation : l’édifice se trouvait vers les n° 13 à 17 avenue de Condé, aujourd’hui propriété d’EDF (au fond de l’impasse du château et face à l’avenue Godefroy Cavaignac).

 Le premier château : une villa à l’italienne

JPEG - 366.9 ko
Le premier chateau (1540)

Construit de 1542 à 1544 pour l’un des plus fastueux mécènes de la Renaissance, l’évêque de Paris Jean du Bellay, ambassadeur de François 1er et premier doyen de la collégiale de Saint-Maur, le château primitif est une modeste villa à l’italienne excentrique et inachevée, œuvre de jeunesse novatrice de celui qui va devenir l’un des plus grands architectes de la Renaissance française, Philibert Delorme : il y emploie, pour la première fois en France, les ordres antiques. Primatice et Jean Goujon auraient collaboré à sa décoration. François Rabelais y achève son Quart Livre en 1551.

 Catherine de Médicis et le second château

JPEG - 421.4 ko
Le château projeté par Catherine de Médicis

En 1564, la reine Catherine de Médicis entre en possession du château qu’elle fait d’abord agrandir par Philibert Delorme (plans au British Museum). Elle y séjourne de quelques jours à un mois par an. A partir de 1570, date de la mort de l’architecte, elle ne vient plus à Saint-Maur, puis décide une transformation radicale : le château deviendrait un énorme quadrilatère (73 m de côté sur 24 m de haut) composé de façades à galeries surmontées de vastes frontons (30 m de largeur) encadrés par des pavillons jumelés. Les dettes royales et la mort de la reine (1589) suspendent la réalisation de ce lourd monument.

 Les princes de Condé : Gourville et l’achèvement du château

JPEG - 540.3 ko
Le château inachevé (vers 1650)

En 1598, Henri IV fait acquérir le château de Saint-Maur par Charlotte-Catherine de la Trémoille, mère du jeune prince de Condé, alors héritier du trône. Henri IV, puis Louis XIII, font quelques séjours au château qui reste pourtant inachevé durant près d’un siècle. Vers 1660, lorsqu’il rentre en possession de ses biens séquestrés, le Grand Condé fait établir par l’architecte Gittard un projet de reconstruction complète, connu par deux gravures de Pérelle, qui restera sans suite. C’est Jean Hérault de Gourville qui l’achève de 1680 à 1683 : cet ancien domestique devenu tour à tour aventurier, homme de main, agent secret, condamné à mort, protégé clandestin puis intendant des Condé, reçoit la capitainerie de Saint-Maur en 1673, puis l’usufruit de la baronnie en 1680. Sur le conseil de Jules Hardouin-Mansart, il rétablit la symétrie du château en démolissant l’aile inachevée, et fait dessiner les jardins du Parc de Saint-Maur par Le Nôtre. Il y accueille Mme de Sévigné, Mme de La Fayette qui y écrit La Princesse de Clèves, et La Rochefoucault. En 1697, c’est un domaine parachevé que récupèrent les Condé. Ils y donnent de somptueuses fêtes en 1700 et 1701. Entre 1709 et 1738, l’architecte Jean Aubert y réalise de très nombreux travaux de réaménagement pour Louis-Henri de Bourbon, 7e prince de Condé.

 La Révolution, la disparition du château, ses vestiges

JPEG - 1.8 Mo
Le château achevé des princes de Condé

Après l’émigration des Condé en 1789, parmi lesquels le duc d’Enghien, élevé à Saint-Maur, le château est mis aux enchères et adjugé à l’entrepreneur Cerf Berr : la plus grande partie est démolie entre 1796 et 1799. Le Petit Parc est vendu par lots à la même époque. Le portail subsistera jusqu’en 1842. Dans le quartier du vieux Saint-Maur ont été conservées les écuries du Petit Bourbon, construction en hémicycle où l’on remisait les carrosses des invités au château. Du château lui-même, à l’emplacement duquel s’élève aujourd’hui un poste de transformation EDF, ne subsistent que la terrasse et une galerie souterraine, visibles au haut du Parc de l’Abbaye. Cette galerie servait à l’adduction des fontaines des parterres du château et donnait également accès aux anciennes carrières de l’abbaye, situées sous le château.

En 1968 et 1969, des fouilles ont mis au jour les fondations et divers murs des trois châteaux successifs, ainsi que des carreaux et des stucs dorés et peints provenant vraisemblablement de la chapelle privée des princes de Condé. Le Musée de Saint-Maur conserve un buste peut-être antique provenant du château, un chapiteau aux armes d’Henri II, une frise de guillochis récupérée par la Société d’histoire et d’archéologie dans l’escalier d’une maison du vieux Saint-Maur, ainsi que des fragments de « pot-à-feu ». Une partie de l’ancien mobilier du château (tapisseries, tableaux, marbres) est conservée par le Mobilier national et répartie dans divers édifices de l’État et musées nationaux.

Dossier établi par Pierre Gillon.

Bibliographie sommaire sur l’évolution du château :

Monique KITAEFF, « Le château de Saint-Maur-des-Fossés », Monuments et mémoires publiés par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. 75, P.U.F., Paris, 1996, p. 65-126. — Catherine GRODECKI et Monique KITAEFF, « Saint-Maur en 1570. Les deux projets de Catherine de Médicis », Bulletin monumental, t. 158-III, 2000, p. 203-215.