L’église Saint-Nicolas

XIIe et XIIIe siècles

jeudi 14 janvier 2010

 La chapelle des mariniers

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L’église Saint-Nicolas en 1817

C’est en 1137 qu’apparaît dans l’histoire une chapelle Saint-Nicolas au village de Fossez (= le vieux Saint-Maur), lors du Miracle de la pluie, connu par deux manuscrits provenant de l’abbaye : à la suite d’une sécheresse dramatique qui frappa toute l’Europe occidentale, les moines avaient organisé une procession des reliques de saint Maur jusqu’à la limite de la seigneurie, côté Charenton. À leur retour, un violent orage éclata alors qu’ils achevaient de dire une messe dans la chapelle Saint-Nicolas.

Saint Nicolas, noyé en Mer Noire, était devenu le patron des mariniers : le titre de la chapelle doit être liée au commerce fluvial et au port de l’abbaye, sur lequel les moines percevaient cha­que année, lors de la fête de la translation de leur fondateur, saint Babolein (7 décembre), un droit de pêche qui leur permettait de faire un festin de poissons. De cette pre­mière chapelle subsiste le clocher, très remanié au XIXe siècle, ainsi que les murs de la nef.

 La paroisse Saint-Nicolas

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La charpente du XIIIe siècle en 1985

La chapelle était tenue par un chapelain et son clerc nourris par les moines d’une écuelle de fèves et d’une ration de vin quotidiennes. Le chapelain était tenu de participer à toutes les processions des moines. Suite à l’essor du bourg des Fossés, fréquenté par les pèlerins de l’abbaye, la chapelle est agrandie et érigée en paroisse dans les années 1230, sous un abbé nommé Nicolas précisément. Le chœur et ses chapiteaux ornés de la flore locale (trèfle, vigne, lierre, chêne), la grande verrière du chevet, rare pour une église rurale, ainsi que la charpente de la nef (non visible) datent de cette époque. Le bourg comprend alors une soixantaine de chefs de famille aisés, prêts à porter l’armure pour défendre le village sur l’ordre du seigneur abbé.

 Le curé Jehan Chandellon

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Lame funéraire du curé Jehan Chandellon
1578

Après la sécularisation de l’abbaye en 1536, l’église est desservie par les chanoines. La plaque funéraire du premier d’entre eux, Jehan Chandellon († 1578), est conservé sur un pilier, à droite dans la nef. Elle est classée Monument historique :
« Cy devant soubs ceste tombe gist venerable et discrette / personne Messire Jehan Chandellon, lequel a lessé à l’église de / céans quatorze souls parisis de rente sur une / masure contenant six perches ou environ et de présent / une maison assise à St Mor, rue des Vaches (= rue Mahieu), tenant / des deulx parts aux hoirs Pierre Gogue, daultre part à / Jehan Luneau, à la charge que les marguilliers de l’église / St Nicolas audit St Mor seront tenuz faire dire / et celebrer tous les ans deulx basses messes vigi/lles à troys pseaulmes et troys leçons libera / sur la fosse dudit Chandellon, et fournir de aornemens et / lumynaire. La premiere de ces messes ce dira le xxiie / Jour de Janvier, l’autre le iiiie Jour de novembre, et aura le / curé ou vicquere pour chascune desdites messes iiii / soulz. Item, et s’il advenoyt que ladite rente feust rachet/tée, lesdits marguilliers seront tenus du rachapt, l’employer / en aultre rente ou heritaige affin que lesdites messes soyenst / entretenuz pour le remede et salut de son ame et / de ces amys trespassez. Pater noster. Ave Maria. »

 La statue de Notre-Dame des Miracles. Sa Confrérie

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Notre-Dame des Miracles
(fin du XIIe siècle)

Transférée en 1790 de l’abbaye, où elle était l’objet d’un culte depuis 1328 – date à laquelle fut écrite la légende de sa fabrication miraculeuse –, à l’église Saint-Nicolas, la statue de Notre-Dame des Miracles aurait été épargnée par les révolutionnaires grâce au serrurier Hacar, l’un des premiers maires de Saint-Maur. Son culte est rétabli en 1806 et la Confrérie reconstituée : sur le registre porté disparu depuis 1887 et retrouvé par la Société d’histoire et d’archéologie en 1983, on note le nom de Napoléon 1er, inscrit le 1er janvier 1812 (Archives du Val-de-Marne). Les images pieuses et les plaques de reconnaissance témoignent du culte rendu à cette Vierge de calvaire de la fin du XIIe siècle, à laquelle on a attribué un rôle salvateur à chaque guerre. On peut l’admirer au fond du bas-côté. Relancées en 1860, les processions ont été interdites en 1881 : en signe de protestation, le curé Depontaillier fit réaliser la belle verrière de la procession de Notre-Dame des Miracles (bas-côté), où il s’est fait représenter ainsi que cinq de ses parents, parmi lesquels Louis Petit de Julleville, grand spécialiste d’histoire de la littérature, et Auguste Audollent, qui deviendra membre de l’Institut.

 Les transformations modernes

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La première photographie de l’église en 1852

L’édifice a été très transformé au XIXe siècle : en 1827, le porche est reconstruit, tandis que la belle galerie du charnier qui faisait retour sur le cimetière est fermée pour agrandir la nef ; les abords sont nivelés en 1848, faisant disparaître la sacristie, la première mairie et ce qui restait de l’ancien cimetière. Le clocher roman, couvert en bâtière, a été transformé en 1890 par l’architecte Albrizzio. Enfin la charpente de la nef a été masquée vers 1930 (architecte Graf) par une voûte en plâtre qui a fait supprimer les entraits de la chapelle primitive du XIe ou XIIe siècle. L’église s’ornait autrefois de nombreux tableaux anciens, provenant de dons privés ou de dépôts du département de la Seine. Ces tableaux se trouvent aujourd’hui au Musée de Saint-Maur (Villa Médicis à La Varenne). En 1986, les travaux de réfection de la couverture ont permis à la Société d’histoire et d’archéologie de découvrir que la nef est couverte d’une charpente du début du XIIIe siècle intacte. Malgré les restaurations et transformations, l’église Saint-Nicolas demeure l’une des plus charmantes du Val-de-Marne.

Dossier établi par Pierre Gillon.

Bibliographie sommaire sur l’édifice :

Émile GALTIER, Histoire des paroisses de Saint-Maur-des-Fossés, Paris, 1923.

Véronique VERDIER, L’église Saint-Nicolas de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne). Étude architecturale. Mémoire de maîtrise, Université Paris IV, octobre 1986, 120 p., 92 fig.